Le Palais Galliéra présente jusqu’au 28 août 2011 au Musée Bourdelle une exposition sur l’œuvre de Madame Grès, grande couturière.
Je dois dire, qu’une fois n’est pas coutume, j’ai été emballée par cette exposition.
Le musée Bourdelle, consacré à l’œuvre de cet incomparable sculpteur que fut Antoine Bourdelle, semble être un écrin idéal pour montrer le travail d’Alix Grès. La proximité entre ces deux artistes, tant en terme d’inspiration, de recherches que de style crée une harmonie évidente entre leurs œuvres respectives. L’atmosphère d’atelier d’artistes, la grâce de ses jardins presque sauvages ou se côtoient sculptures et nature, tout dans ce musée incarne le paradoxe d’une impression hors du monde et d’un travail au cœur de la vie. On ne pouvait mieux montrer l’œuvre de Madame Grès, qui incarna ce paradoxe si porteur de sens.
La démarche d’Olivier Saillard, ancien de l’UCAD et désormais directeur du Palais Galliéra est à souligner. Il est d’ailleurs heureux de voir, qu’enfin, les spécialistes de l’histoire du costume accèdent aux postes de direction Cela évite les bourdes dues aux méconnaissances d’historiens d’art recrutés pas concours (en l’occurrence le concours dit du patrimoine, qui bien que d’une extrême exigence, parachute ses lauréats au gré des vacations et non en fonction de leur spécialité). Olivier Saillard donc a toujours fait preuve d’un regard original sur l’histoire de la mode, porté par une véritable réflexion intellectuelle et un goût certain pour ce sujet. On se souvient de sa collection abstraite où défilait non pas des modèles, mais des descriptions poétiques de vêtements chimériques. Aimant la transversalité, taboo encore très vivace dans le petit monde français de la culture, surtout lorsqu’il ne s’agit pas ‘d’arts nobles’, on ne peut que se réjouir de le voir proposer une exposition qui tend à rattraper celles, incroyablement créatives et constructives, de ses collègues étrangers (citons le V&A, le MET ou bien encore le MOMU).
Ceci étant dit, allons au cœur du sujet. Madame Grès dont le travail demeure fort et bien injustement méconnu du grand public, fut un sculpteur contrarié et un grand couturier remarquable. Passionnée par le corps humain, tant dans ses proportions que ses mouvements, elle choisit d’étudier, collection après collection, le plissé. Jouant sur les infinies possibilités de cette technique, ô combien complexe, elle a offert à la mode des créations dont la virtuosité n’a rien à envier aux sculptures de la Grèce antique. Le raffinement extrême, les infinies nuances de jeu des plis, la remarquable élégance de ces tenues s’exposent avec éclat à travers chaque modèle qui jalonne le parcours scénographique. Les nombreux croquis, photos et illustrations montrent la richesse inventive de cette femme, qui su renouveler avec une infinité de détails ses robes. Ses modèles, inspirés de la statuaire antique, semblent à la fois intemporels et d’une très grand modernité. Elle n’hésite pas à opter pour des couleurs tranchantes (jaune canari, vert sapin, orange), des effets parfois osés (un ventre dévoilé) ou une sobriété toute monacale, parfois théâtrale. Toutes ces robes brillent par leur sensualité, leur hommage aux formes féminines et aux femmes qui les portèrent. La technique est bien sûr époustouflante, mais Madame Grès, avec l’humilité de celle qui remet cent fois son ouvrage sur le métier, l’a mis au service de la grâce.
Il est rare de nos jours de rencontrer un peu de poésie. Rare et trop précieux pour ne pas le savourer. Courez-y.
Lien:
Une vidéo d’Olivier Saillard expliquant l’exposition:
http://www.paris.fr/loisirs/musees-expos/musee-galliera/madame-gres-la-couture-a-l-oeuvre-au-musee-bourdelle/rub_5854_actu_93538_port_12995
Sources photo:
Site officiel de l’exposition:
http://www.parismusees.com/madame-gres/
Blog:
http://www.tttottt.com/2011/04/madame-gres-expo/?lang=fr


