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Leena Joy

 Je suis blanche et je n’aime pas le soleil. Et oui, ça arrive. Contrairement à mes congénères, je fuis le soleil et la chaleur.  Chapeau, lunettes, indice 50 dès le printemps et toujours marcher sur le trottoir à l’ombre. A ce niveau, ce n’est plus de la prudence, c’est devenu un art de vivre. J’ai un phototype 1, je ne peux pas bronzer, je brûle. Vous n’imaginez pas les remarques et les regards que ça occasionne. Les “Qu’est-ce que tu es pâle, t’es malade?” “Mais tu bronzes jamais?! Oh, ma pauvre!” . Je ne compte plus les vendeuses, qui, me regardant avec consternation, essayent de me vendre des autobronzant ‘effet bonne mine’. A voir leur face orangée, ou brûlée par les U.V, un petit rire sardonique mais tout intérieur me fait penser que la plus à plaindre n’est pas moi. Le plus drôle, c’est qu’en dépit du fait que je vis dans un pays à majorité blanche, il m’est difficile de trouver des cosmétiques adapteés à ma peau. La plupart des fonds de teint, pourdres et anti-cernes sont trop foncés pour ma carnation.  J’ai la chance qu’il existe des gammes de produits formidables… au Japon. A 22heures d’avion, je sais qu’il existe un paradis pour les femmes au teint clair qui fuient les méfaits du soleil. Je sais qu’entre la visite d’Hiroshima et celle du Kyoto Institute, je passerai un jour faire une razzia de cosmétiques qui me dureront une éternité.

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                 Flesh & Plastic Copyright: Julianne Rose

Curieusement, le fait d’être aussi blanche m’a amené assez tôt à comprendre l’absurdité de la vision du monde selon l’industrie cosmétique occidentale. Les entreprises de ce secteur passent leur temps à vendre des éclaircisseurs de teint à des indiennes qui de toute façon ont la peau foncée, à des Japonaises, qui, elles ont la peau claire mais pas blanche, des autobronzants et autre préparateurs de peau à des blanches occidentales, et Dieu sait quoi aux femmes latines et arabes qui suivant si elles vivent d’un côté ou de l’autre de la Méditérannée fuieront le soleil ou iront volontairement se faire brûler la peau dans des cabines UV. Et je ne parle même des femmes noires que l’on pousse depuis des décennies à utiliser des crèmes hautement toxiques pour se blanchir la peau. Mais où va le monde?! Sûrement chez l’Oréal…

Quelques images…

Beyoncé Knowles et Scarlett Johansson vues par l’Oréal:

beyoncé trop claire

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beyonce-knowles vraie

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 Beyoncé Knowles et Scarlett Johansson dans la vraie vie (des vrais gens…ou presque)

 

Ah! Cruelle ironie d’un monde dans lequel les noirs doivent se blanchir avec des pommades cancérigènes et les blancs se noircir sous le soleil et les lampes UV pour le même résultat: le mélanome.

Je précise à toutes fins utiles que les cabines UV sont désormais considérées comme cancérigènes par l’Organisation Mondiale de la Santé et le Centre International de Recherche sur le Cancer. J’ajoute que la vente de crèmes dites ‘éclaircissantes’ est illégale au sein de l’U.E mais qu’elles y sont fabriquées (y’a pas de petit profit…).

 

 

Ah oui! Une autre chose qui m’amuse beaucoup.

minisite-dermagenese

cruz vraie

 Quelqu’un pourrait-il expliquer aux célèbres ‘experts de l’Oréal’ que non la mélanine n’est pas une couche de crasse mais un système de défense contre les agressions solaires développé par la peau? Donc que ça ne sert à rien de blanchir Pénélope en faisant croire qu’en se nettoyant le visage, elle n’est plus latino…à moins qu’il y ait du papier de verre dans leur nouveau produit…du coup, là, comme ça, suis pas tentée…

Ce qui nous renvoit à cette vieille idée coloniale que le blanc est synonyme de propreté, de pureté, de ce qui est sans tâche et le noir à la saleté, l’imprureté et la ‘noirceur morale’. On en est encore là…

Mais que bien sûr, le bronzage est synonyme de bonne santé (et non pas de cancer potentiel et vieillisement accéléré de la peau) et bien sûr de richesse (car de vacances). Donc, quand on est dans un pays riche, ça prouve qu’on peut partir, si possible dans un pays lointain et pauvre pour profiter du soleil des autres. En revanche, quand on est dans un pays pauvre, plus on est clair, plus on a l’air riche et beau car blanc…d’une logique imparable…

La blancheur est devenu dans les pays non-occidentaux un tel symbole de réussite que beaucoup de femmes et même d’hommes pensent être plus désirables en se blanchissant la peau.

La preuve par trois en Inde :

Voici une publicité mettant en scène LE plus populaire des acteurs indiens, Shah Rukh Khan, qui vantent les mérites d’un produit visant à éclaircir la peau des hommes indiens, avec comme argument imparable, un plus grand succès auprès des femmes:

http://news.bbc.co.uk/player/nol/newsid_7010000/newsid_7011600/7011608.stm?bw=bb&mp=wm&asb=1&news=1&bbcws=1

Les deux autres sont des reportages sur les femmes indiennes cette fois, qui pensent qu’en s’éclaircissant la peau, elles trouveront plus facilement un mari:

http://www.dailymotion.com/video/x6zsl5_inde-blanchiment-de-la-peau_webcam

http://oanisha.blogspot.com/2008/12/le-blanchiment-de-la-peau.html

 En passant, un petite publicité du produit phare de l’Oréal en Inde ‘white perfect’ (tout un programme) avec un modèle bien blanc du reste…

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Du coup j’en profite pour rebondir sur le cas Aishwarya Rai, la plus célèbre égérie de l’Oréal en Inde:

 A. Rai pub loreal super blanche

ray vraie 2Oui, je sais la démonstration est déjà faite, mais je ne me lasse pas de regarder ce genre de contraste entre la fiction cosmétique et la (pourtant si belle) réalité. Sachant tout de même, que pour une indienne, A. Ray est particulièrement claire. Elle a un visage métissé (peau mate, yeaux clairs) qui n’est absolument pas représentatif des femmes indiennes. 

Ceci dit, loin de moi l’idée de dire que l’Oréal est seul responsable de cette tendance. La société indienne est  dominée par un système de castes dans lequel la clarté est associé à la pureté spirituelle donc aux hauts rangs. En outre, de  nombreux concurrents locaux ou internationaux proposent le même genre de produits éclaircissants que cette marque. Mais la force de frappe de l’Oréal est sans égal car elle dispose à la fois de la légitimité de son histoire, du prestige conféré à la cosmétique occidentale et en plus, une égérie qui incarne un idéal de bauté absolument inacessible pour les Indiens toute en étant elle-même indienne…

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De même qu’ A. Rai n’est pas représentative des femmes indiennes,  Noémie Lenoir n’ est pas représentative des femmes noires. Noémie Lenoir est une très belle femme, une très belle femme  métisse. Elle représente l’archétype de la chabine. ‘Chabin’ est un mot antillais qui décrit les personnes présentant des traits à la fois négroïdes et caucasiens, un mélange indéfinissable du blanc et du noir, sans pour autant être mulatre (né d’un parent blanc et d’un parent noir). Bien qu’elle ne soit à proprement parler, pas une véritable chabine (puisqu’elle est née d’un père blanc et d’une mère d’origine réunionnaise), elle en a les traits. Dans la culture antillaise, les chabins ont la réputation d’avoir un grand pouvoir de séduction, ils exercent une certaine fascination mais sont souvent traités dans la littérature créole comme des personnages ambivalents justement parce qu’ils échappent aux cadres, aux groupes. Par ailleurs dans les sociétés africaines, l’esthétique de la clarté est antérieure à la colonisation occidentale même si celle-ci a aggravé le problème. En effet, la clarté est associée à la féminité, la testostérone ayant une incidence sur la production de mélanine. Donc plus on est claire, plus on est féminine.

D’une certaine façon, je m’avancerais à dire que cette image de la beauté métissée donc indéfinissable a peu à peu colonisé l’univers médiatique de la cosmétique. Sous l’impulsion de la globalisation, elle vient progressivement concurrencé l’archétype de la femme blonde aux yeux bleus et au teint hâlé. En soi, cette idée de métissage est plutôt salvatrice puisqu’elle tempère, à défaut d’abolir, la femme blanche comme seule canon de beauté. Néanmoins, on observe une chose très frappante : le refus de la négritude. Il n’a pas d’égérie noire. Il y oui, des Afro-Américaines mais elles ont toujours le teint clair. Les seules publicités avec des personnes noires (hommes ou femmes) sont celles destinés à vendre des produits spécifiques aux peaux noires, ce que les marketeurs appellent des ‘produits segmentants’, basés sur l’utilisation pratique et non sur une symbolique, un idéal de beauté. Ces publicités sont essentiellement visibles dans la presse dite ‘ethnique’ comme Amina, Miss Ebène ect… Pour être une égérie d’une grande marque, il faut justement ne pas être ’segmentant’, c’est-à-dire s’adapter aux plus grand nombre de consommateurs (trices) possibles. Et si la ‘blancheur’ est considérée comme un modéle d’identification globale, la ‘négritude’, elle, est frappée d’ostracisme. Comme si même les femmes noires ne pouvaient rêver en regardant une égérie noire, sans parler des femmes non-noires (latines, arabes, blanches)… Et la ‘négritude’ dont je parle ici ne touche pas que les populations ethniquement africaines mais aussi toutes celles qui ont la peau noire (Indiens, Aborigènes australiens…).

Le jour où je verrai la sublime Aïssa Maïga, belle comme le jour, noire comme l’ébène , égérie d’une grande marque de beauté, je me dirai que le monde de la cosmétique a enfin ouvert les yeux sur la (multiple) beauté du monde et surtout sur celle des femmes noires. Attention, éblouissement! :

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aissa maiga cannes

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Loreal_asieJe conclue mon tour du monde en passant par l’Extrême-Orient, avec la version asiatique du ‘White Perfect’. En voyant le slogan, je me suis demandé plusieurs minutes si ça n’était pas un photo-montage, mais il semble bien que non. Si vous lisez bien la petite languette rose, vous verrez: “Less yellowish complexion, more rosy glow” ce qui se traduit littéralement par : “Moins de teint jaunâtre, plus d’éclat rosée”…un petit bijou de cynisme pour provoquer la haine de soi. Car à bien y réfléchir, toute la stratégie de persuation de l’Oréal est non pas basée sur la mise en valeur de ses attraits physiques mais bien sur la haine de soi entraînant une quête effrénée du changement d’identité ethnique. Ce n’est pas ‘le meilleur de moi’  mais ‘le meilleur de l’autre que je dois être’. Assez terrifiant…

 

 

D’ailleurs, Dove a voulu quantifier cette vision sado-masochiste de la beauté en interrogeant des femmes à travers le monde. Résultat parlant…

http://www.pourtouteslesbeautes.com/uploadedfiles/fr/fr_dove_enquete_mondiale.pdf

Face à cette problématique, Dove a donc choisi de prendre le contre-pied de son concurrent, avec sa campagne emblématique  ’On est toutes belles’, un succès immense. Et pour cause. Pour la première fois, une marque de beauté propose aux femmes une image proche de la réalité, faite de multiples personnes, de tous les styles, de différentes origines. C’est une vision en miroir tendue aux consommatrices. La symbolique de la séduction est assez peu présente. On est dans une recherche d’une beauté saine, sans artifices, axée sur l’idée de naturel. Même si je ne ressens pas un grand sentiment d’identification, j’aime que la marque ‘joue le jeu’ en valorisant ses consommatrices. ça donne envie de consommer du Dove…

dove chorale

Mais la pionnière en la matière fut inconstestablement Anita Roddick, passionaria de la cosmétique éthique et créatrice de The Body Shop. Commerce équitable, produits à base de matières naturelles, refus des tests sur animaux, campagnes de pub mêlant humour et dénonciation des stéréotypes, plusieurs décennies avant que cette démarche devienne stratégiquement une tendance lourde du marché.

Voici l’une des rares campagnes de communication de The Body Shop avant son rachat par l’Oréal:

bodyshop-01-751126

 Et voici des visuels ‘Body Shop’ post L’Oréal:

body shop collection ete 2009Là, je m’abstiendrai de tout commentaire, je pense que vous avez compris…

En un mot, libérez-vous des carcans:

Nicole Tran Ba VAng

                 Copyright : Nicole Tran Ba Vang   

        Mais n’essayez pas de changer de peau, ça pourrait ne pas vous aller:

Nicole Tran Ba Vang 3

                 Copyright : Nicole Tran Ba Vang

Tout ça pour dire que n’attendez pas que l’univers de la cosmétique vous renvoit une belle et juste image de vous, vous risqueriez d’attendre longtemps. Donnez-vous juste les moyens d’incarner la plus belle part de vous-même…

snob society

 

Présentation de l’éditeur:

Chanel, Gloria Swanson, Greta Garbo, Marie-Laure de Noailles, la duchesse de Windsor, Visconti, Ali Khan, Rita Hayworth, Truman Capote, Gianni Agnelli, la princesse Grace, la Callas, Onassis, Jackie Kennedy, Andy Warhol, Jacques Chazot, Elizabeth Taylor… Qui peut se targuer d’un tel générique ? Ce livre n’est pas une étude sociologique sur le snobisme, mais un livre avec des snobs comme personnages. Des snobs qui se croisent. Plus de snobs qu’aucun autre livre n’en a jamais réuni. Des snobs, des dandys, des noctambules, des esthètes, des égéries, des stars, dès couturiers, des décoratrices, des écrivains, des hommes à femmes et des femmes à hommes (mais aussi des hommes à hommes et des femmes à femmes) réunis par des histoires d’amour, des romances, des coucheries, des coups de foudre, des coups fourrés… Presque une centaine d’acteurs, sans compter les seconds couteaux. Que du beau monde, mais quel monde ! Un monde à des années lumière du nôtre. Un monde qui appartenait encore aux hommes et aux femmes qui se couchaient tard, qui buvaient comme des trous, qui fumaient comme des pompiers et se droguaient à l’occasion. Grâce à une foule d’anecdotes et une écriture qui emprunte au romanesque, Francis Dorléans, ancien chroniqueur pour Vogue, a l’art de convertir la nostalgie d’une époque en un feuilleton acide et coloré dont on ne voudrait rater aucun épisode.”

Françis Dorléans se livre à un exercice de style, pour le moins périlleux en nous narrant les infortunes des grands (snobs) de ce monde. Et il le fait avec un humour de circonstance: dur sans être injuste, léger sans être fat, lucide, toujours.      

Dorléans convoque les fantômes du passé, les acteurs d’un monde englouti, fait de faste, de légéreté, et de drames, qui finalement, passent, comme le temps. Il révèle les ombres, les failles et les petitesses  des icônes, stars et  légendes qui ont forgé de ce qui fut successivement la café-society, la high-society puis la jet-set. La plupart d’entre eux sont morts jeunes, usés par les excès: alcool, drogues, amours tragiques, ‘trash sex’, errances existentielles. A force d’avoir voulu éviter l’ennui et la trivialité du quotidien, la quête de l’extraordinaire aboutit au sordide. On ne peut impunément ne vivre que dans l’inconstance, la versatilité, le jour présent. Sous ses mots, ces personnes qui ont tant fait rêver redeviennent des êtres dont les travers, communs à l’ensemble de l’humanité, prennent avec eux des proportions déconcertantes. Narcissisme, égoisme, immaturité, vénalité, bêtise et cruauté tiennent le haut du pavé. Et pourtant, on sent chez ce raconteur d’histoire un respect pour ses personnages dont on devine qu’ils l’ont fait rêver lui aussi. Il ne leur épargne rien, et  décrit, toujours avec justesse et à propos,  l’absurdité où leurs désirs les mènent.

L’auteur a choisi de ne pas structurer son livre par ordre chronologique, les évènements racontés pouvant se chevaucher dans le temps. Il n’a pas non plus jouer sur une structure monographique puisqu’il ne s’agit pas là de portraits mais de ’story telling’. Il réinvente au besoin les conversations échangées et prêtent à ses personnages les sentiments qu’ils ont plausiblement ressenti à ces instants là. Il donne ainsi à sa démarche la saveur d’un roman, se présentant sous la forme d’une suite de scénettes, toutes plus loufoques les unes que les autres. Cultivant l’esthétique de l’inachevé, Dorléans maîtrise à la perfection sa plume, oscillant, au gré des circonstances, entre sublime et grotesque.

En substance, un petit pot-pourri:

« Comment voulez-vous faire confiance aux hommes ? Son premier amour, pédé, son mari, pédé, son amant, pédé. Comment voulez-vous faire confiance aux hommes qui couchent avec d’autres hommes quand ils couchent aussi avec votre meilleure amie . Marie-Laure de Noailles avait des raisons d’être amère. »

« Evoquant des années plus tard l’Argentine avec des hommes d’affaires qu’il venait de rencontrer dans un cocktail, Onassis se récria : « Mon Dieu, quel pays ! Il n’y avait que des putes et des joueurs de polo…
- Hum, ma femme est née en Argentine, l’interrompit un de ses interlocuteurs.
- Ah oui, génial, et dans quelle équipe jouait-elle ? » »

« Garbo et Marlène devaient encore se partager Erich Maria Remarque. Ce qu’il en restait. Paulette Godard, qui après son divorce avec Charlie Chaplin épousa Remarque, affirmait que ce dernier lui avait confié que Garbo était un mauvais coup. Ce qui repousse les limites de la médisance sans convaincre puisque l’on sait par Marlène que Remarque était impuissant. Quel crédit accorder aux paroles d’un impuissant qui accuse une lesbienne d’être un mauvais coup ? »

-”[Onassis] avait toujours battu ses femmes comme des tapis. Maria [Callas] se conduisait comme une carpette.”

-La prononciation de [Soukras] lui jouait des tours. il disait Benzédriniens pour Byzantins, Kurillo pour Utrillo. “Utrillo! On prononce Utrillo”, lui fit un jour remarquer un de ces blancs-becs sortis de l’université. “C’est ça, toi tu les prononces, moi je les achète, connard”, rétorqua Skouras.

-”Pour l’hôpital américain, c’était impossible d’envisager qu’Onassis se laisse mourir de chagrin. On ne meurt pas de chagrin. Pas à l’hôpital américain. Ce n’est pas le genre de la maison.”

-”Avec les assassinats à répétition de ses fils, le stoïcisme de Rose [Kennedy] allait être mis à rude épreuve, mais elle ne bronchera pas davantage. Elle les avait vu grandir, elle les regardait tomber. C’était le jeu des hommes. A la mort de Bobby, elle demandera à Givenchy de lui coudre son collier de perles à même la robe de deuil qu’il lui confectionnait. Devant l’air interloqué du couturier, elle précisa qu’elle ne voulait pas qu’il vienne frapper le cercueil quand elle se pencherait pour l’embrasser. Une pro. La douleur n’égarait pas Rose Kennedy.”

Snobs définitivement. Mais humains aussi, très humains…

vionnet

 

Le Musée de la mode et du textile (ou UCAD pour les connaisseurs) propose, jusqu’au mois de janvier 2010, une exposition consacrée à l’un des plus grands mais aussi des plus méconnus couturiers de l’histoire de la mode: Madeleine Vionnet.

madeleine-vionnet-3Madeleine Vionnet est une référence absolument incontournable pour les créateurs d’aujourd’hui. Je crois que je n’ai jamais lu un interview où elle ne fut pas mentionnée avec vénération comme source d’inspiration par ceux qui font la mode. De Azzedine Alaia à John Galliano, en passant par Sophia Kokosalakis, elle a inspiré la vocation des dernières générations de ‘fashion people’. Pour une raison simple: elle fut et reste LA technicienne du vêtement. Elle sut, mieux que tous ses contemporains, voir le tissu et l’exploiter dans toutes ses possibilités. Elle généralisa dans ses collections l’utilisation du biais afin d’en faire une seconde peau, se servant du ’sens ‘ du tissu pour créer grâce à la réflexion de la lumière sur le tissu des jeux de motifs subtils et originaux. Elle ne cessa de chercher des nouvelles combinaisons de plis, de drapés afin de minimiser les coutures, et limitant ainsi le ‘coupé/cousu’, créant une souplesse et une aisance inédites dans le porté du vêtement. Ses créations sont, à première vue, extrêmement sobres, il faut s’approcher et chercher les secrets bien cachés de leur forme.

 

Mais mon Dieu que cette exposition ne lui rend pas justice!!!!!!!!

J’attendais, comme nombreux de mes camarades modeux, un évènement à la hauteur du talent de cette femme, vionnet alaiad’autant plus qu’à ma connaissance, et de mémoire, aucune exposition n’a été réalisée sur son oeuvre depuis bien longtemps, et que par ailleurs, l’UCAD possède l’une des plus grandes collections Vionnet au monde (et pour cause, la couturière a légué une grande partie de ses archives à cette institution). Dire que je sortie dépitée est un doux euphémisme. Réussir à faire d’une oeuvre aussi extraordinaire une suite de robes fades et tristes, c’était une gageure. Eh bien, l’UCAD y est parvenu. Le plus navrant étant que la scénographie au minimalisme conformiste et désastreux a été réalisée par LA papesse du design, Andrée Putman qui a voulu, je cite : ” sélectionner trois matériaux simples et efficaces : la laque noire, la lumière et des miroirs qui allaient nous permettre une mise en abîme « sous toutes les coutures » (ref: site de l’UCAD). Les miroirs étaient en soi une bonne idée, et même un élément indispensable si l’on veut avoir une perception globale des oeuvres de M. Vionnet. Malheureusement, beaucoup de modèles en sont dépourvus et c’est fort dommage. Quant à la lumière, loin d’obéir à un concept esthétique, elle se doit de respecter les normes muséographiques qui s’avèrent très strictes concernant les textiles, dont les fibres naturelles sont particulièrement sensibles. Enfin, la laque noire est de toute évidence un bien mauvais choix dans le mesure ou il obscurcit encore davantage l’espace d’exposition qui n’en n’avait guère besoin. Moralité, la scénographie ruine la beauté des oeuvres exposées en les sacrifiant sur l’autel fumeux du concept.

Oui je sais, je ne suis pas (encore) commissaire d’exposition. Néanmoins, ayant réfléchi à la question, je me permets de proposer quelques idées (après tout, comme dit ma grand-mère, il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne se trompent jamais…). Donc voici la liste non exhaustive de ce qui aurait pu, il me semble, être fait pour tenter de rendre justice au travail exceptionnel de M. Vionnet.

vionnet au tarvail

En premier lieu, comment comprendre la légendaire modernité de Madeleine Vionnet si on ne replace pas son travail dans son époque et son environnement? Elle ouvre sa maison en 1912, à l’époque de l’âge d’or de Paul Poiret. L’Orientalisme bat son plein, les Ballets Russes crée l’effervescence. Le corset est aboli, mais les jupes continuent à entraver les jambes des femmes tandis que les turbans et les accessoires alourdissent leur buste (enfin pour les excentriques de la haute société, seules clientes du couturier). Coco Chanel n’a pas encore ouvert sa boutique de Deauville et vend des chapeaux à Paris.  Et je ne parle même pas de la mode de la rue encore en pleine ‘Belle Epoque’, robe longue, chapeaux à plumes et corset. En un mot, on en est qu’aux balbutiements de la libération vestimentaire des femmes. Il faut donc envisager les propositions de Madeleine Vionnet comme d’un incroyable radicalisme pour l’époque. Pour la première fois depuis la mode Empire, les femmes bougent librement dans des vêtements qui mettent en valeur leur corps sans en dénaturer l’aspect. Pourquoi diable ne pas avoir exposé quelques tenues de cette époque en introduction, afin de replacer le travail de M. Vionnet dans son contexte d’origine ? Une démontration vaut toujours mieux qu’un long discours.

Cependant, la  modernité du style Vionnet est à mettre en relation avec la modernité de la couturière elle-même. Mais ce point n’est que brièvement évoqué par l’exposition. Pourtant, elle a eu une politique d’entreprise très favorable à ses employé(e)s, s’occupant particulièrement de leur santé. Sachant la précarité des ouvrières de cette époque et leur conditions de travail parfois sordides, il semble clair que Madeleine Vionnet n’aurait jamais cherché à libérer le corps des femmes grâce à ses vêtements si elle n’avait pas eu conscience que ce corps embrigadé est à l’image de leur statut. En outre, l’exposition parle de sa lutte contre la copie, ce qui à l’époque était encore une question peu abordée dans le milieu de la couture. Là encore, il semble logique que cette femme,  privée d’études par son père qui en a fait une main d’oeuvre à 12ans, et qui s’est élevée socialement par sa seule volonté et son travail, ne pouvait qu’être scandalisée par le vol de son dur labeur.

Par ailleurs, je trouve malheureux qu’à une exception près (un vase grec dont elle utilisera les motifs sur une robe brodée), on n’a que très peu d’aperçus de ce qui a inspiré la créatrice. Des objets, des articles éventuellement et surtout des témoignages de descendants de ses clientes, dont on sait qu’elles étaient essentielles à l’évolution des collections de la Maison auraient été utiles, pour ne pas dire indispensables.

vionnet avec eventail

Je reviens sur la question de la technique. Une vidéo montre judicieusement les différentes étapes de la coupe d’une robe. Ce procédé, déjà utilisé à l’exposition Poiret du Met il y a deux ans, est très utile pour comprendre la structure de vêtements à la technique complexe. Dommage que cette heureuse initiative  n’ait pas été généralisée à l’ensemble du parcours scénographique.

la chair de la robeJe poursuis en évoquant  l’absence totale du livre incontournable si l’on veut comprendre la vie, la personnalité, l’époque et l’oeuvre de Madeleine Vionnet. Je parle bien sûr de la Chair de la robe de Madeleine Chapsal, filleule de la grande couturière et fille de Marcelle Chaumont, première d’atelier de la Maison Vionnet. C’est un témoignage passionnant, plein d’anectodes et de réflexion sur Madeleine Vionnet mais aussi sur ce que représentait la couture à cette époque. Il est très regrettable que Madeleine Chapsal, qui a connu personnellement la couturière et la vie de sa maison de couture soit totalement absente de cette rétrospective. Aucun extrait de son livre, aucune vidéo de son témoignage n’y figurent alors qu’elle a su si bien faire revivre cette époque dans son récit.

Enfin, je finis sur une autre absence de taille: celle des couturiers d’aujourd’hui qui se réclament à  cor et à cri de M. Vionnet. Et en  premier lieu, ceux que j’ai cités en introduction: Azzedine Alaia, sans doute l’un de ses plus légitimes héritiers, tant sa maîtrise technique sans faille est bluffante, mais aussi John Galliano qui a su remettre au goût du jour les robes du soir en biais, et tant d’autres…Pourquoi aucun de leurs modèles ne figure dans les dernières vitrines, pourquoi aucun mot n’expliquant les raisons de leur admiration pour leur prédécesseuse ne vient  poétiquement boucler la boucle?…

Une création Azzedine Alaia et au-dessous de celle-ci, une autre, de John Galliano                                                       

alaia vionnet

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Je n’ai qu’un souhait: que le MET, le V&A ou le Kyoto Institute organisent une exposition Vionnet dans les années à venir. Ainsi, on peut encore espérer qu’une intitution de mode lui rende l’hommage qui lui est dû, à la hauteur de ce que la mode lui doit. Après tout, nul n’est prophète en son pays…

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